Kilimali

L’intensité des affrontements entre l’armée congolaise et les miliciens de l’Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain (APCLS) coalisés aux miliciens Nyatura, depuis 2006, a causé des conséquences néfastes sur les femmes et les  filles du territoire de Masisi. Notamment des viols et des violences sexuelles, des déplacements massifs loin de leurs villages et de leurs champs.
Lors de la mission de reportage de l’Association des Femmes des Medias du Sud-Kivu (AFEM/SK) dans ce territoire du 10 au 13 mars 2014, nous avons rencontré 23 de ces femmes  violées dans le camp de déplacés de Kilimani. L’une d’elles a accepté de témoigner à notre micro.

Mon corps, un champ de bataille !

«  Ce jour-là j’allais au champ. En cours de route, j’ai rencontré six hommes en tenue militaire et en armes. Ils m’ont demandé de les suivre.
Un moment, ils se sont arrêtés et ont commencé à me violer, l’un après l’autre, avec une telle brutalité que j’ai perdu connaissance.
C’est seulement à l’hôpital que j’ai appris qu’un homme m’avait ramassé et m’a amené à l’hôpital. Après les soins, et comme les affrontements ne cessaient pas, je ne pouvais plus rentrer dans mon village, qui était d’ailleurs déjà vidé de ses occupants, fuyant les affrontements. C’est ainsi que je vais me retrouver dans le camp des déplacés de Kilimali »

Abandonnée à mon triste sort

«  J’ai six enfant, mais je ne pouvais plus subvenir à leurs besoins car,  après le viol, je ne me sentais plus capable de faire quoi que ce soit. J’avais peur à tout moment. Je ne pouvais pas aller au champ chercher de la nourriture pour mes enfants, de peur de rencontrer encore des violeurs. Devant cette situation, tous mes six enfants sont partis à  Goma chez d’autres membres de la famille. Après leur départ, ce fut le tour de leur père, de m’abandonner aussi. Pour lui  je ne valais plus rien.
Chaque fois quand nous nous chamaillions, il ne cessait de me répéter que j’ai consenti moi-même à me faire violer.
Abandonnée à mon triste sort, je ne cesse de m’inquiéter de l’avenir de mes six enfants partis à Goma. Faute d’instruction, ils risquent de devenir n’importe quoi ! »
En attendant que la sécurité se rétablisse et que les déplacés retrouvent leurs villages respectifs dans le territoire de Masisi, cette victime du viol continue à vivre dans le camp de Kilimali sans aucune aide affective. Son seul souci, rentrer dans son village à Nyabyondo, cultiver ses champs et ainsi retrouver encore la joie de vivre sa vie de paysanne. Et,  peut être un  jour, revoir ses  six enfants qui doivent être en train d’errer et de vivoter dans la ville de Goma. Dieu seul sait !

Ecrire un commentaire

requis

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>