Outil du journaliste

Au Sud Kivu, à l’est de la RD Congo, la presse n’est plus à même de jouer son indispensable rôle de chien de garde encore moins de fournir des informations précises et fiables sur des questions politique, sécuritaire ou de la gouvernance locale. Entre Janvier et Mai 2014, 5 cas des journalistes menacés sont recensés. Quatre journalistes ont trouvé la mort entre juillet 2005 et novembre 2009. Le souci de professionnalisme est buté à des obstacles réels, et souvent incompréhensibles.

Le besoin de sécurité du journaliste et de la source d’information

Tant que sera suspendue sur la tête de chaque journaliste l’épée de Damoclès (que constituent les peines privatives de liberté), au sein de la corporation des journalistes, l’on s’accorde sur le fait que la presse ne peut véritablement accomplir sa mission d’informer. Interrogé à ce sujet, le major Simon TUBAJIKI, porte-parole de la 10ème région militaire, les ‘secrets’ militaires sont réservés à l’armée. « Parfois la presse peut donner une information qu’elle juge anodine mais qui peut constituer un renseignement donné à l’ennemi. Donc il faut toujours avoir l’aval de l’armée avant de diffuser toute information relative aux militaires, pour être à l’abri des peines éventuelles » dit-il. Très souvent convaincu du risque encouru par le journaliste et les représailles auxquelles la source elle-même s’exposerait, cette dernière adopte une attitude de réticence. En effet, l’absence de protection  dissuade souvent les sources journalistiques d’aider la presse à informer le public sur des questions d’intérêt général. Il s’ensuit une sorte de tarissement des sources au profit de tièdes communiqués officiels ou encore de déclarations sans grand intérêt pour le public en quête d’informations sur la gestion de la cité.

Vous avez dit libres ?

Au quotidien, les journalistes de la presse écrite, audiovisuelle et en ligne, reçoivent des messages téléphoniques, des appels anonymes, des menaces physiques, des interpellations et intimidations de toute sortes et des divers auteurs. Voici quelques témoignages.

« J’avais reçu une interpellation des services des renseignements qui me reprochaient d’avoir diffusé l’interview de Mr Vianney Kazarama, porte parole du mouvement rebelle M23 à la chute de la ville de Goma. Pourtant nous l’avions contre balancé avec les propos de Olivier HAMULI, porte-parole de l’armée nationale FARDC », témoigne Blaise SANYILA, directeur de la radio télé Vision Shala.

Chouchou NAMEGABE, fondatrice de l’Association des Femmes des Médias, se rappelle des menaces reçus d’un responsable d’un service public. «Nous allons vous enlever, tu n’auras même pas une minute pour communiquer, ta radio ne ferra rien pour toi et c’est ta famille qui va perdre» se rappelle Chouchou, les yeux pleins de tristesse.

Thaïs BAGULA, rédacteur en chef à la Radio Maendeleo, a plusieurs fois été interpellé. Il témoigne : «Le responsable d’un groupe armé m’a qualifié de non professionnel parce que j’avais rendu un communiqué du gouvernement provincial qui l’incriminait comme responsable de la mort d’un casque bleu. Je me suis permis alors de lire aussi la correspondance du groupe armé et deux jours après l’émission que je produis a été suspendue par le conseil supérieur de l’audio-visuel et de la communication.»

La nécessité de dépénaliser les délits de presse

La dépénalisation pourrait augmenter les sources d’informations du journaliste. Car, les questions relatives à la co-activité et à la complicité ne se poseront plus à l’égard desdites sources. Celles-ci, libérées de la peur, seront amenées à réduire leurs appréhensions dans la collaboration avec le professionnel des médias. Il n’est pas exclu que la mesure de dépénalisation des délits de presse forge le sens d’engagement des sources journalistiques et l’engouement des professionnels de presse pour le journalisme d’investigations

La loi n°96-002 du 22 juin 1996 vise à « supprimer toutes les peines d’emprisonnement de journalistes pour délits de presse sauf cas prévus par le Code pénal » Selon ce Code, la définition des délits de presse est large : injure, diffamation (sans tenir compte de la véracité ou fausseté des faits), offense au chef de l’État, calomnie, outrage aux autorités peuvent être invoqués pour faire emprisonner un journaliste qui, en pratique, n’a pas le droit de critiquer une personne dotée d’un mandat public.

Me Papy KAJABIKA, avocat au barreau de  Bukavu  estime que « La revisitation de cette loi permettrait aux journalistes de mettre à la disposition du public des faits, des données ou des messages mais également constituerait une protection juridique pour les journalistes. Car le peuple doit savoir».

Douce NAMWEZI N’IBAMBA

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