chef de village

Angèle M’Rukomeza, une soixantaine, est le chef du village de cirhogole. Un petit village d’environs 12 920 habitants dont  plus de 6840 femmes et 6080 hommes, situé dans le groupement de mudaka en territoire de Kabare à une dizaine de  kilomètres de Bukavu, dans la province du sud Kivu. Cette femme affirme n’avoir jamais eu l’espoir de diriger et n’avoir su qu’une femme  pouvait se réaliser dans la société autrement qu’à travers son rôle d’épouse et de mère.

A la suite du décès de son père et de sa mère qui ont été successivement chefs de son village de Cirhogole, le poste de chef de village est vacant. Angèle Rukomeza sera choisie en 2012  par le chef de poste  et les sages du village pour assurer le rôle du chef de village. Les deux titulaires de ce poste étaient morts de vieillesse et de maladie. Mais les hommes du village ne voulaient pas occuper ce poste et ont fait de leur mieux pour qu’Angèle succède à ses parents.

Après quelques hésitations, Angèle M’Rukomeza  va braver la peur et accepter d’assumer les responsabilités qui lui étaient proposées. Elle mit alors sur pieds quelques stratégies pour instaurer la sécurité dans son village qui était, depuis quelques années enflammé des conflits de toute sorte, ce qui conduisait à plusieurs cas de tueries.

«Ce n’était pas facile, je ne voulais pas occuper ce poste à cause de tous les conflits qu’il y avait à cirhogole. On a fait face à beaucoup de propos et d’attitudes discriminatoires tout simplement parce que nous sommes femmes. Mais nous nous sommes accrochés et nous avons persévéré jusqu’à ce calme que vous pouvez vous-même remarquer dans ce village», témoigne Angèle

Angèle se fixe comme premier objectif, l’instauration de la sécurité dans son entité. Elle parvient à mobiliser tous les habitants de cirhogole comme un seul homme en vue de finir avec les tueries qui étaient fréquentes dans le milieu. Elle parvient avec l’aide des sages du village à former des groupes de sécurité composés des jeunes du village pour assurer la garde de nuit.

«J’ai désormais de la valeur et je n’ai plus de complexe. Je suis très fière de la sécurité qui règne aujourd’hui à Cirhogole et cela parce que j’ai bénéficié du soutien des hommes .Les villages voisins nous envient », affirme pleine d’assurance Angèle M’Rukomeza, une veuve qui cumule ses tâches administratives avec l’éducation de ses enfants. Aujourd’hui, elle présente avec fierté son bilan à la tête de ce village.

« Nos réalisations ont témoigné en notre faveur : des routes secondaires tracées, l’installation du courant électrique et la cohabitation pacifique grâce à la mobilisation communautaire», explique-t-elle.

Le village cirhogole est le seul qui ne compte aucun policier ni soldat de l’armée congolaise, mais qui a réussi grâce aux efforts de ses habitants, à instaurer la sécurité et la stabilité en son sein et ceci dans une brève période et particulièrement sous le lead d’une femme.

« Nous avons refusé l’installation des éléments de la police et de l’armée congolaise dans notre village, parce que souvent ce sont les policiers et soldats qui se transforment en bandits et qui par la suite entrainent les jeunes. Nous sommes convaincus que notre sécurité c’est nous mêmes. Dans mon village, tout le monde s’implique dans la construction de la paix et du développement ».Explique Angèle M’ Rukomeza.

Les obstacles à l’élévation des femmes sont bien présents mais n’empêchent pas les âmes courageuses et ambitieuses de poursuivre le chemin de leurs destins et d’accomplir des grandes œuvres. Dans le cas d’Angèle, occuper la position de chef de village et être acceptée et respectée par toute une communauté.

Par Gisèle BARAKA BASHIGE

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