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L’instabilité du taux de change continue à inquiéter les habitants du Sud Kivu, le franc congolais perd de plus en plus de la valeur. Des femmes petites commerçantes et vendeuses ne savent plus nourrir leurs enfants, elles sont plus affectées par ce problème. Des messages reçus au système Femme au Fone en provenance de 6 territoires Sud-Kivu en témoignent. La société civile appelle le ministère de l’économie et finances à résoudre ce problème qui touche toutes les couches de la population.

«Aujourd’hui, j’achète une mesure de haricot à 2000 Franc Congolais FC  alors que je l’achetais à 1200 fc, 1kg de farine de manioc je l’achète à 1200fc alors que c’était 600fc il y a 5 mois. Cette situation me dépasse, je ne sais plus nourrir mes enfants comme avant, je suis troublée, je ne sais plus quoi faire » se lamente  Victorine Furaha, une femme vendeuse au marché de Nyawera à Bukavu en province du Sud-Kivu à l’est de la République Démocratique du Congo.

Les lamentations comme celles de Victorine sont légions ces derniers temps en province du Sud Kivu,  les denrées alimentaires de première nécessité ont haussé de prix depuis le début de cette année suite à la dépréciation de la monnaie nationale le FC face au dollar américain, occasionné par l’instabilité du taux change.  Le franc congolais perd de plus en plus de la valeur sur le marché ; un dollars qui  se changeait à 900 FC il y a quelques mois est passé à certains endroits à 1300FC,  1350 et à d’autres endroits à 1400Fc voire 1450 FC. Une situation qui met en danger nombreuses familles qui vivent au « taux du jour », surtout des femmes vendeuses et petites commerçantes qui ont des capitaux de moins de 50 000fc.

Les causes de la dépréciation monétaire

Selon l’expert économiste Defo Balibuno Linda les raisons de cette dépréciation monétaire sont notamment la non production de l’Etat et l’instabilité politique entrainant le désordre économique qui règne dans le pays. « Je pense que ceci est le résultat d’un Etat désorganisé, nous sommes dans un pays qui ne produit pas, nous dépendons totalement des produits qui viennent de l’extérieur,  il y a baisse  de prix des matières premières sur le marché mondial, alors notre monnaie n’a plus de valeur» fait savoir cet expert en économie financière.

Le contexte actuel politique laisse à désirer, nous ne savons pas nous sommes gérés par quel gouvernement,la monnaie se déprécie. Les femmes souffrent énormément de cette situation, une femme qui a un capital de 10 000 FC comment va-t- elle se comporter sur le marché ? S’interroge Marie Migani, présidente de la composante Femme à la société civile du Sud-Kivu.

A en croire, le doyen de la faculté de droit de l’Université Catholique de Bukavu UCB, le professeur Christian Kamala, la question de taux de change intéresse tout le monde parce que depuis des années  l’économie congolaise est « dollarisée ». C’est-à-dire qu’en plus de la monnaie nationale, il y a d’autres devises qui circulent dans l’économie notamment le dollar américain. Il indique que la dollarisation c’est un processus autour duquel la monnaie nationale perd  sa valeur et adopte une monnaie étrangère comme monnaie principale. Cela par manque de confiance en la monnaie nationale, aussi la peur de perdre la valeur de ses avoirs si cela se conserve dans une monnaie nationale en perpétuelle dépréciation.

IL y a dépréciation monétaire lorsqu’une monnaie perd la valeur, dans cette situation on remarque qu’il y une hausse exagérée du niveau général des prix  des biens de premières nécessité sur le marché, lorsque ce prix augmente de manière systématique il y a ce  qu’on appelle l’inflation ajoute professeur Christian Kamala. Et c’est parce le pays est dans une économie dollarisée que la notion de l’inflation renvoie  directement  à la question du taux de change.

Conséquences sur le panier de la ménagère

La situation de taux de change touche toute l’étendue de la république, il affecte plus les familles à faible revenu et surtout des femmes qui font des petites activités pour la survie de leurs familles. Dans plusieurs familles, joindre les deux bouts du mois, pour nourrir les enfants est un sérieux problème. Trouver une mesure de manioc et de haricot  pour des femmes transporteuses, vendeuses, enseignantes, infirmières et autres devient un véritable casse tête , car les denrées alimentaires de base ont haussé le prix. « Dans certaines familles, avoir deux repas par jour est un luxe, les enfants et autres membres de la famille se contentent d’un repas trouvé le soir, encore faut il que ce repas soit consistant ou riche en vitamines, une femme de 6 enfants va au marché avec 9.000 FC par exemple ; elle ne sait pas  satisfaire aux besoins de la famille» regrette Marie Migani.

L’économie de la RDC repose à plus de 60% entre les mains des femmes .Ce sont celles qui cultivent les champs, elles font le commerce et même des petites activités génératrices des revenus. Cette économie est dominée par le secteur informel tenu en grande partie par des femmes.

Pour sa part Nounou Salufa responsable de l’Association pour l’entrepreneuriat Féminin APEF  souligne que cette situation inquiète les femmes qui exercent le petit commerce. « La femme petite commerçante est obligée de vendre ses articles un prix dérisoire. Cela ne la permet pas d’avoir des bénéfices, au contraire elle  travaille à perte suite à la différence du taux de change, cela ne fait qu’accentuer la pauvreté.  Et puis Chacun fixe son taux de change comme il veut sans être inquiété, que le ministère ayant en charge l’économie nous aide à fixer un seul taux qui est identique. Cette situation nous fait souffrir» déplore madame Nounou Salufa .

Au Sud-Kivu, les femmes qui font le petit commerce et celles vendeuses, la plus part d’entre elles ont un niveau d’étude faible. La majorité n’est pas arrivé en terminale à l’école secondaire c’est-à-dire elles n’ont pas un diplôme d’Etat, d’autres n’ont pas étudiées. Par conséquent, elles ne savent pas faire la comptabilité, elles sont en difficulté de fixer le prix  suite aux taux de change .

La situation est décriée par toutes ces femmes petites commerçantes qui font leurs activités en francs congolais, le matin elles achètent à un taux au soir arrivées au marché, c’est un autre taux qui se remarque, elles sont en difficulté de progresser.

Des recommandations pour un changement

Seul l’Etat est en mesure de sortir le pays dans cette situation de crise économique qui affecte plus particulièrement les femmes fait savoir l’expert économiste Defo Balibuno. Selon lui,  la monnaie c’est une affaire de l’Etat et c’est l’Etat qui a l’obligation de lui donner de la valeur.

« Je demande à tous les congolais de respecter et de faire respecter la monnaie du pays, les opérateurs économiques doivent aussi être consciencieux, ils ne doivent pas hausser le taux de change comme ils veulent » recommande Nounou Salufa de APEF.

Pour sa part, le doyen de la faculté de l’économie de l’UCB estime que c’est important que les dépenses exécutées  au niveau national soient faites à la hauteur des recettes réalisées dans le pays. « Lorsqu’on est dans une économie qui fonctionne normalement et où le niveau des dépenses est  bien calibré sur le niveau des recettes, il est évident qu’il ne peut y avoir d’inflation. Les femmes  qui font leurs petites activités peuvent ainsi travailler en toute quiétude sans craindre la dépréciation monétaire » conclut le professeur Christian Kamala.

De son coté, Nounou Salufa responsable d’APEF appelle les femmes petites commerçantes et vendeuses à la vigilance lors de la fixation des prix lorsque l’inflation est signalée pour qu’elles aient un bénéfice pouvant les aider à maintenir leurs activités et pour la survie de leurs familles.

Par Eliane POLEPOLE

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