eau

A Bukavu, trouver de l’eau potable devient un casse-tête pour de nombreuses familles. Dans certains quartiers l’eau coule des robinets entre 1heure et 3heures du matin, une situation qui inquiète plus les femmes. Ce sont elles avec  leurs filles qui se trouvent  obligées de se réveiller tard dans  la nuit pour puiser. La Régie de distribution d’eau  REGIDESO, entreprise publique chargée de distribution d’eau potable semble incapable de résoudre ce problème.  Entre temps, la ligue des consommateurs des biens et services  de Congo Kinshasa LICOSKI appelle la REGIDESO à prendre des mesures nécessaires pour remédier  à cette situation.

Les messages reçus au système Femme au Fone,FAF au début de mois de juin indiquent que la problématique de la pénurie d’eau  s’observe à Bukavu et dans presque tous les territoires du Sud-Kivu. C’est une difficulté pour les femmes d’exercer leurs travaux ménagers  à temps et en toute quiétude car elles doivent d’abord passer 3   à 4 heures à une source d’eau pour avoir 20 ou 40 litres d’eau. « Les femmes vont chercher de l’eau à 10 kilomètres à Kakinja en groupement de Lubona ici à Walungu, elles font des heures de marche, c’est triste !» renseigne un sms d’un membre de FAF à Walungu. Un autre message en provenance d’Uvira renchérit : « l’eau potable coule des robinets seulement la nuit en cette période de saison sèche, les femmes ne dorment presque plus, elles restent à l’attente ».

Il faut coute que coute avoir de l’eau,  peu importe l’heure

ll est 13 heures, le soleil est au zénith à Bukavu, nous sommes à la source d’eau de Funu située en commune de Kadutu.  Ici on voit une centaine  de femmes, de filles, hommes et enfants rangés en fil indienne d’un coté et de l’autre coté c’est le désordre total qui se transforme en bousculades et bagarres. Cette source d’eau est prise d’assaut par les habitants des quartiers environnants, ils se bousculent pour trouver un passage qui conduit au robinet, tous veulent une chose, puiser de l’eau. Certains jeunes essayent de mettre de l’ordre mais n’y arrivent pas.  Il y a beaucoup de gens et chacun veut puiser en premier.   Des petites jeunes filles se lamentent et  disent avoir attendu de longues heures avant de puiser de l’eau.

«  Cela fait 3 heures que je suis ici mais je n’ai pas encore puisé, il y a ceux qui sont venus après moi qui ont déjà puisé. Ceux qui nous disent qu’ils vont mettre l’ordre ne font que nous fouetter et nous bousculer. L’eau ne coule plus de notre robinet voilà deux semaines » explique avec regret  une jeune fille d’environs 16 ans venue chercher de l’eau à cette source de Funu.

Le spectacle qui se vit  à la source de Funu en ce début de mois de juin est le même à d’autres bornes fontaines et à d’autres sources comme celles de Kadurhu en commune de Kadutu,  celles de Irambo et de Luziba en commune d’Ibanda où de jeunes filles et femmes passent des heures d’attente pour avoir seulement 20 litres d’eau.

La rédaction Femme au Fone a débattue de cette problématique de la carence en eau potable et ses conséquences sur la santé des femmes dans son émission de samedi 11 juin dernier sur les ondes de la radio Maendeleo. L’objectif est d’éveiller la conscience des autorités provinciales et la REGIDESO mais aussi de les inciter à prendre des mesures nécessaires pour que l’eau soit desservie dans tous les coins de la ville. L’autre objectif c’est celui d’amener la société civile et les habitants du Sud-Kivu à revendiquer leur droit d’accès à l’eau potable.

Des conséquences sur la santé des femmes

Selon docteur Néné Rukungu médecin chargée de programme médical des survivantes des violences sexuelles à l’hôpital général de Panzi, l’eau est un élément capital pour les femmes et pour la vie de toute la communauté.  En cas de pénurie  d’eau potable, les habitants sont exposés à différentes maladies comme des infections de tout genre, la fièvre typhoïde, la diarrhée, les allergies sur la peau chez les enfants, les maux de ventre et même le choléra. « Lorsqu’une femme ne parvient pas avoir de l’eau potable et ou elle fait des kilomètres chaque jour pour puiser, elle est exposée à des maladies comme des infections urinaires, vaginales, la descente de la matrice appelée en langage médical prolapsus utérus, des maux de dos,  des naissances prématurées etc. » Renchérit docteur Néné Rukungu.

Elle indique que lorsqu’une femme est obligée de se réveiller chaque jour aux heures tardives de la nuit pour puiser, sa productivité et son rendement diminue dans son travail et dans ses activités. Elle ne sait plus se concentrer sur ce qu’elle fait.  «  La Regideso doit développer des stratégies pour améliorer la qualité de l’eau qu’elle fournit à la population  parce que des fois l’eau qui coule des nos robinets est sale, notre santé en dépend » ajoute docteur Néné Rukungu.

« Il y a celles qui font plus de 10 kilomètres pour aller chercher de l’eau dans nos territoires, c’est déplorable car dans un pays comme la République Démocratique du Congo, RDC, avec tous les lacs et cours d’eaux que nous avons, nous devrions avoir de l’eau. Cette situation devrait déjà trouver une solution car les femmes ne doivent pas être insécurisées en cherchant de l’eau potable » estime Stella Yanda responsable de l’organisation Initiatives Alpha au cours de l’émission Femme au Fone.

Réaction de la REGIDESO

Le chef technique de la Regideso Damien Mudekereza explique que son entreprise a mis en place le programme « peu d’eau pour tous » depuis l’an 2016  pour permettre à tous les habitants d’accéder à l’eau. Ce programme prévoit l’eau dans chaque axe 3 fois la semaine.

Cette mesure prise n’est pas respectée par ce service car dans certains quartiers l’eau fait parfois deux semaines voire 3  sans couler. Selon Damien Mudekereza l’usine de Murundu construite en 1990 destinée à approvisionner une ville de plus au moins 350.000 habitants ne sait plus satisfaire plus d’un million d’habitants que compte Bukavu.

Il indique que des projets sont en cours  pour renforcer cette usine avec l’appui des partenaires des organisations internationales non gouvernementales comme la coopération suisse[i] et Mercy corps[ii] pour épauler une partie de Bukavu l’année prochaine notamment le quartier Panzi.

Proposition de changement

Le responsable de la LICOSKI Janvier Mizo Kabare appelle le service de la Régideso à améliorer ses prestations vis-à-vis de ses clients. Il propose un travail en synergie entre la société civile et la Regideso pour mener un plaidoyer actif auprès des organisations non gouvernementales qui œuvrent dans le secteur de l’eau et assainissement et auprès des autorités au Sud-Kivu afin d’allouer des fonds pour aider la Regideso dans son travail. Il recommande aussi à cette entreprise de l’Etat de ne pas livrer des factures aux habitants qui n’ont pas été servis.

«  Il faut que ça  change, nous voulons que la Regideso ait une politique d’eau en province. L’Etat doit mobiliser des moyens financiers pour cette question d’eau. La femme a besoin de l’eau pour qu’elle soit efficace dans ses activités de tous les jours, son agenda ne doit pas être surchargé par la recherche de l’eau. L’eau c’est la vie et c’est notre droit de l’avoir !» conclut le responsable de la ligue des consommateurs des biens et services au Congo Kinshasa.

Eliane POLEPOLE

 

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